Les hommes
ont toujours voulu défier le destin, tenter leur
chance en espérant que la roue tournerait dans un
sens favorable. Le Dieu Shiva imagina l'univers en
lançant les dès. Si les Dieux donnent
l'exemple les hommes n'ont plus qu'à le suivre.
Très tôt, les jeux ont donc fait partie de la
vie des hommes, pour leur plaisir ou leur malheur. Rome
organisait des jeux et des loteries, comme le fit
également la Chine Impériale. Dans ces jeux et
loteries on pouvait gagner toutes sortes de choses et pas
seulement de l'argent. Ces jeux acquirent vite mauvaise
réputation et en 1254, Saint Louis interdit les
dès et les échecs. Il restera alors les
loteries des Foires qui fleurissent
dans toute l'Europe. On verra même au 14ème
siècle des "lotto" politique de Gênes
qui met en jeu un siège. En fait il faut attendre le
16ème siècle pour voir apparaître les
loteries modernes avec argent comme appât. C'est
Florence qui, en 1530, organisera la première loterie
d'Etat, initiative suivie rapidement par Bruges, Gênes
et Paris. La loterie fait surtout gagner de l'argent aux
états, très impécunieux à
l'époque et menant grand train, ceci expliquant
cela.
Attiré par cette manne inespérée,
François 1er suit le mouvement et signe le 21 mai
1539 un édit instituant le monopole de la loterie
nationale. Mais la royauté est trop gourmande et la
forte dîme prélevée par l'état
décourage les joueurs.
En 1644, le rusé Mazarin relance la loterie avec pour
lots des objets précieux. C'est un succès et
les recettes bénéficient aux Églises et
hôpitaux jusqu'au milieu du 18è. Le 15 octobre
1757, la royauté établit une loterie
permanente pour financer l'École Militaire. La vraie
loterie commence en réalité le 30 juin 1776
avec la création de la Loterie
Royale, épaulée par près de
700 buralistes et une flopée de colporteurs qui, deux
fois par mois, "vendent de la chance". C'est encore le
succès : 11 millions de livres en 1789. Au nom de la
morale, les révolutionnaires la suppriment le 15
novembre 1793.
Mais l'affaire était trop juteuse, la
République avait besoin d'argent. S'asseyant sur la
morale sans aucun état d'âme, la loterie
redémarre le 30 septembre 1797, la Monarchie de
juillet la supprime le 21 mai 1836. Seules les loteries de
bienfaisance sont autorisées. Après la
première guerre mondiale, la République a
besoin d'argent. Alors, dès 1930 (avec les "Gueules
cassées") on lance une "loterie" souscription
appelée "la Dette". Mais le 3ème
République manque encore d'argent, alors vite on pond
un décret qui donne naissance à la Loterie
Nationale, le 22 juillet 1933. Et c'est reparti. Mais comme
la loi de 1936 n'a jamais été abrogée,
officiellement, la Loterie et les jeux sont toujours
illégaux.
Puis naîtrons le Tiercé, le
Loto le 10 juillet 1975 par
décret encore. C'est le succès qui continue,
les joueurs croient de plus en plus à la chance et
jouent de plus en plus. Alors pour multiplier cette manne
intarissable, l'État crée des jeux, toujours
plus de jeux... c'est le cercle infernal.
Sources : le grand livre des loteries
de G. Descotil et JC. Guilbert
LES JEUX
"Le hasard gouverne un peu plus de la
moitié de nos actions et nous dirigeons le reste"
disait Machiavel. Tous les joueurs croient à la
chance (ou à la malchance), aux chiffres
fétiches, aux combinaisons porte-bonheur, aux
martingales. Tous les joueurs sont superstitieux et quelque
soit le jeu : poker, loto, black-jack....) ils s'en
remettent à une puissance supérieure.
Même au bord du gouffre financier, un joueur croit
toujours que la chance va tourner et qu'il se "refera".
Autre motivation des joueurs, la recherche de sensations
fortes, le suspense et l'angoisse qui étreignent
l'esprit dans l'attente du résultat final. Le joueur
prend des risques, parfois énormes, pour un
résultat très hypothétique. La plupart
des joueurs adaptent leur plaisir du jeu et ses risques
à leur revenus, les risques sont donc calculés
et plus restreints, même s'ils éprouvent, plus
faiblement certes, ce petit frisson de plaisir et d'angoisse
cette montée d'adrénaline que ressent tout
joueur et cela quel que soit le jeu. Il apparaît aussi
que plus la mise est forte plus la montée
d'adrénaline est forte. Le joueur est un
véritable aventurier et un passionné. Les psychologues et psychiatres disent de cette passion
obsédante, incontrôlable et envahissante que
c'est une sorte "d'autothérapie" qui permet de lutter
contre le stress et d'échapper à la
dépression. Le joueur veut être plus fort que
le destin, mais quand il perd, il continue parfois à
jouer et perdre, par masochisme, comme pour se punir. Le
vrai joueur est un passionné jouant au dessus de ses
moyens, allant aveuglement jusqu'à la ruine et la
déchéance, voire le suicide. Il devient un
joueur pathologique, un drogué dépendant du
jeu comme on peut l'être de l'alcool ou de la drogue.
Il existe des psychothérapies pour aider à
guérir ces drogués du jeu.
Parmi les grands joueurs, quelques noms
célèbres : Patrick Bruel, Omar Sharif, Patrick
Sébastien, Pierre Arditi, Eddy Mitchell, Steacy Keach
(Mike Hammer), Darry Cowl, Françoise Sagan, Guillaume
Durand, Philippe Bouvard....
Mais alors, si le jeu est une drogue, comme l'alcool, le
tabac, ou l'opium, pourquoi est-il autorisé ?
pourquoi l'Etat en a le monopole ?
François 1er, signa en 1539 un édit autorisant
la 1ère loterie en France. Par la suite, les Rois et
les gouvernements républicains continueront
d'organiser jeux et paris. Mais par la suite la loi du 21
mai 1866 interdira les jeux de hasard. Or cette loi n'a
jamais été abrogée. L'Etat s'est
contenté de pondre un décret visant à
autoriser les jeux de hasard.
Tous ces jeux sont placés sous la vigilante
surveillance de la police des jeux et des ministres de
tutelle qui veillent à l'honnêteté du
déroulement des paris et à la rentrée
de l'argent. Le côte morale de l'affaire
n'émeut personne, seule compte la
rentabilisé. L'an
dernier les jeux ont fait réaliser un chiffre
d'affaires de 80 milliards dont 19 milliards de
bénéfices nets, tous jeux confondus, sous
formes de taxations diverses : TVA,
prélèvements sociaux (CSG, RDS) timbres, ...
le gros paquet est fourni par sa filiale à 76%, la
Française des jeux qui verse à l'état
environ 30% de son CA, ensuite vient le PMU avec 17% et les
casinos avec près de 10%.
Cette très substantielle manne est très
intéressante, et incite donc à
généraliser, à promouvoir, et à
encourager les jeux. L'Etat a toujours le dernier mot et
rétorque et cela est vrai aussi que cet argent sert
la bonne cause, puisqu'il génère en France des
milliers d'emplois, les 160 casinos de l'Héxagone
font vivre, avec la restauration et l'hôtellerie 70
000 personnes environ, les courses (PMU) font vivre 50 000
personnes et la Française des jeux, outre ses propres
salariés apporte un complément de salaire
à + de 42 000 points de vente, et participe au
financement de projets sportifs et culturels.
[Suite] 
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